LA NUIT DES TEMPS

Petrus, Antonius et Mathias

Alors, l'entrée dans l'histoire se fait quand?

Les deux Curés Guillaume Sozzede et Jacques Voyssier, permettent d’entrouvrir le voile. Depuis 157é, et jusqu’en 1602 en ce qui les concerne, et obéissant aux consignes de leurs évêques, ils remplissent, parfois de manière succincte, ces actes qui autorisent la reconstitution des couples. Trois familles intéressent la recherche à ce niveau.

Peu de choses sur celle fondée avant 1572 par Mathias Brunel, seul son dernier fils apparaît, c’est Guillaume né en 1579 qui va jouer un si grand rôle dans la génération suivante. On peut seulement présumer que Mathias était né à la Brumelie, mais que son épouse était peut-être originaire de la paroisse d'Espinasse-Aubusson, où vivait le parrain de Guillaume. Preuve fragile, car elle peut être une Poyet de Vollore par le biais de la marraine.

Le couple Pierre Brunet fils de Stéphanus Junior, et Antonia Gardelle, nous est mieux connu. Présumés nés entre 1555 et 1560, leur acte de mariage en latin existe à la date du 24 novembre 1582. Leurs cinq enfants, relevés sur la série des actes baptistères, naissent entre 1588 et 1600, après cette date Antonia décède sans doute, et Pierre se remarie avec Antonia Goutte, couple sans descendance. La liste des parrains et marraines des cinq enfants montre une grande ouverture sur l’extérieur: les Gonguel, Delaire et Masdorier d’Espinasse (Aubusson), les Gardelle de Courpière, les Durohanis d’Augerolles, les Bechezal sans doute d'une autre paroisse. Pourquoi cela? Antonia Gardelle est sans doute de Courpière, mais il est possible aussi que compte tenu du statut plus élevé de ces familles, le travail de Pierre l'a entraîne vers d'autres horizons, probablement par le commerce du bois, qui devient actif dans la région à la fin du XVI° siècle.

Au même moment prospère également à la Brunelie un autre couple, sans doute dans les mêmes activités. Antoine Brunel Bassecourt, fils de Claude, a épousé Marie Ménadier Marlat, fille d'Antoine, aussi de la Bronilhe, le 19 février 1589. Comme pour le couple précédent leurs quatre enfants naissent dans la décennie 1590. Cette histoire parallèle dans le temps est complétée par des choix de parrains et de marraines, qui comme pour la famille de Pierre, démontrent là aussi que d'autres horizons économiques ont desserré un peu l’étau paroissial. Ce sont les Maynadier, ou Ménadier, surtout, nombreux également à Augerolles, dans des villages proches de la paroisse de Vollore, comme Chassonneris, familles déjà tournées à ce moment dans le négoce du bois, particulièrement Mathias Ménadier Marlat, dont l’épouse, honnête femme Clauda Collange, d'une autre famille de robins locaux; est la marraine du dernier fils du couple, Michel.

Trois familles de laboureurs - négociants, bien intégrés dans des réseaux d’alliance, sans doute d'esprit volontaire par cet entrebâillement sur un monde qui l'entoure. Certes qui, autour d'eux, songe à Henry IV, roi depuis 1589, qui, dans les ultimes, mais provisoires, soubresauts des conflits religieux, fait publier en l598 l'Edit de Nantes? Aucune trace ici de ces conflits nationaux majeurs, nous sommes dans un autre temps, même s'il y a bien quelques reformés plus au sud vers Job et vers Issoire aussi de l'autre coté du Livradois. Mais les sources sont muettes sur ces commotions de l’époque. C'est le temps immuable du village, qui a encore de beaux jours devant lui, où quelques-uns cependant osent à petits pas. Mathias et Petrus Brunel, ou Anthonius Brunel Bassecourt sont parmi ceux-là !

Dans l’ignorance du devenir d'autres enfants de Pierre, Mathias et Antoine, sans doute décédés jeunes à l’exception de Jeanne, soeur de Pironne, mariée à Antoine Delaire, mais dont la trace se perd, ces cinq enfants de la troisième génération apparente vont être particulièrement prolifiques. C'est l'importance de leurs familles, et les malheurs des temps, qui expliquent sans doute les alliances de la génération qui suivra. D'autres cousins, issus des deux ancêtres Claude et Stéphane vivent aussi à la Brunelie au même moment, mais aucun lien, même par l'étude des parrains et marraines, ne permet de les raccrocher aux familles étudiées ici.

Une certitude cependant: sur ces trois familles, que le manque de sources ne permet pas de reconnaître alliées, deux d'entre elles s'unissent au tout début du XVII° siècle. Guillaume, fils de Mathias, épouse en effet Pironne, fille de Petrus. Nous allons les retrouver bientôt.

Parallèlement à cette évolution, et dans le même espace du hameau de la Brunelie, les Brunel Bassecourt bourgeonnent dans tous les sens. Sans s'intéresser à d'autres descendants de Claude, ce sont, pour l'heure, les quatre enfants d'Antoine, qui retiennent notre attention. La chance, sans doute, a permis de retrouver à leur propos une grande quantité d'actes, baptêmes décès ou mariages, et surtout trois contrats de mariage et deux longs partages passés devant le notaire Sallamy entre 1624 et 1630, manne d'autant plus précieuse qu'elle fait complètement défaut pour les autres familles, en ce début de XVII° siècle. Faut-il penser que les Brunel Bassecourt étaient déjà plus attentifs à la valeur des actes, et que les stratégies matrimoniales devaient, plus que toutes autres, laisser pour cette famille des traces écrites? Nous ne savons pas ce que devient Jeanne l'unique fille du couple, mais Mathias, François et Michel ont des destins assez faciles à suivre.

Commençons par Michel. Nous possédons sur lui un contrat de mariage et un long parage, ce qui permet de bien éclairer son destin. Né le 23 janvier 1600, Michel se marie une première fois hors de la Brunelie. Il est le dernier né de sa fratrie et ce départ semble donc logique. Certes il ne va pas loin puisqu'il s'installe au village du Mayet, à deux kilomètres au nord-est de son hameau d'origine. On sait qu'il signe un contrat de mariage le 21 octobre 1618, et qu'en épousant Catherine Boucheras, il entre gendre dans la famille d'un maître maçon, Antoine, avec qui il crée une communauté de biens. Il est donc probable que Michel a amené avec lui, de la Brunelie, assez d'argent pour s'installer à parité avec son beau-père, il n’a donc rien de ces gendres bons à tout faire, « étalons et valets tout à la fois », à la merci d'une famille exploitant leur force de travail. Devenu veuf et remarié il partage en effet onze ans plus tard tous les biens de cette communauté avec son ex beau-père.

L'importance de cet acte, du 2 octobre 1629, est grande, pour pénétrer dans l’intimité de cette famille. On y apprend, qu'administrateur des biens de son fils unique Antoine, et remarié, Michel ne peut plus continuer à vivre en communauté avec Antoine Boucheras son beau-père. On partage alors la maison du Mayet « pour la séparation desquelles au lieu y marqué y sera par les parties faict une muralhe jusques au segond plancher et d’icelluy jusques au thuel ». On peut imaginer, dans cette petite maison de pisé au soubassement de pierres, étroite et haute, comme toutes les maisons modestes de la région, cette promiscuité qui s'installe entre deux familles, dont les biens sont désormais séparés. Ainsi Antoine Boucheras est-il autorisé à construire au coin de son étable une petite grange, dont une muraille ira s’appuyer contre la porte de la partie de maison advenue à Michel du côté du sud « sans pour ce pouvoir estoupper l'entrée de lad porte ». En plus de cette partie de maison, Michel reçoit un cellier, une boutique à faire la toile, une grange. Son train de culture se compose de deux jardins, respectivement d'une et six coupées, avec un poirier dont les fruits seront communs, quatre bouts de terre labourable d'une septerée, de deux, trois et six cartonnées, d'une chalme de six coupées, de deux prés à faire un et deux chards de foin. Une vigne de trois oeuvres (soit alors deux cartonnées) fera l'objet d'un accord de partage ultérieur, le 2 juin 1630.

Que représente tout cela pour une famille ayant choisi de vivre de manière autonome, qui a déjà un enfant du premier mariage et qui va en avoir cinq autres? Le calcul, effectué à partir des mesures de Vollore, donne 14 ares de jardin, 12 ares de chalmes, ou mauvaises terres de paccage, 1 ha et 44 ares de terre, et 90 ares de prés, soit un total de 2 ha 60 ares et 19 centiares. Tout cela ne permet pas de vivre - il faut un minimum de cinq hectares, surtout pour une telle famille -, et Michel a dû trouver dans des activités annexes - peut-être le tissage ou le bois - un complément indispensable, cette faible superficie ne lui permettant de n'élever que deux vaches « domptées » de sept et huit ans et quatre brebis. Si I’on ajoute à tout ceci les droits, aisances, servitudes, cens, tailles portés au contrat, on comprend l'importance des dettes détaillées dans l'acte et accumulées en onze années de communauté, dettes dont le paiement est partagé par moitié : à Benoit des Clavellières une obligation de 100 livres, à Anna du Besset 15 livres et 5 sols, au marechal Benoit Archimbautd 40 sols, à Jehan Barry Retrus dit Lamy 32 sols, à Pierre Mosset 3 livres 10 sols, à Antoine Chezal dit « la balle » (sans doute un colporteur) 12 livres, à Jacques Brunel un septier de seigle. Toutes ces sommes, parfois bien modestes, et qui cachent des besoins vitaux, représentent pourtant un total de 155 livres dont la moitié échoit à Michel. Enorme somme, qui lui fait prendre, malgré le petit bien qu'il possède, la pente fatale des endettés, qui mène à la misère.

En tous cas il semble se remarier vite après le décès de sa première femme. Le 2 avril 1629 un contrat de mariage est signé avec Annet de Lodigerie, fils de Gilbert, époux de Jeanne Farge, laboureur au village de Lodigerie. Françoise, sa nouvelle épouse, est constituée par son père, et sur les avis de plusieurs parents et amis, d'un ameublement conséquent: outre les robes "qu'elle a de présent", trois robes nuptiales, un lit de plumes avec son chevet, une double "volture" (rideaux ?) quatre linceuls, quatre serviettes, une nappe, une couverte de laine, une arche de sapin fermant à clef avec son menu linge. Elle reçoit en outre 12 quartons de blé-seigle et 12 livres argent pour les frais nuptiaux. La somme dotale est fixée à 220 livres payable en trois fois, et pour moitié à Antoine Boucheras, dont Michel est encore le consort à cette date. Sort commun à toutes les filles dotées Françoise est forclose, ainsi que ses descendants, de toutes successions directes ou collatérales au profit de son père et de ses frères. L'acte précise que si l'épouse décède sans enfants toutes ces constitutions seront reversées à son père, ou à ses descendants, par Michel Brunel et Antoine Boucheras, ou leurs héritiers. Cet acte, passé dans la maison du notaire à Vollore, est signé en présence de deux personnalités locales, Messire Pierre Dupoucts prêtre de Vollore, et "discret et sage" Jean Dumas, docteur en droit et avocat, ainsi que de François Brunel Bassecourt, « tixier » (tisserand?), frère de l'époux et d'Antoine de Lemblardie, laboureur de Lodigerie.

Nous ne savons pas ce que devient Antoine, le premier fils de Michel. Du second lit Michel aura cinq enfants, nés entre 1631 et 1648; le seul garçon, Annet, étant de destin inconnu, cette branche Brunel disparaît à la génération suivante, trois filles survivantes se mariant dans la paroisse, sous la houlette des deux frères de Michel, Mathias et François, toujours présents aux cérémonies, comme ils l'ont été à certains baptêmes.

Il semble que le sort de François et de Mathias ne puisse être dissocié, et que, comme pour Michel, l'année 1629, celle de la peste débutante dans la région, est fondamentale dans la stratégie matrimoniale des Brunel Bassecourt.

François est né le 11 avril 1594, il est le cadet de Mathias, c'est peut-être à ce titre qu'il ne suit pas le sort de leur frère puiné Michel, établi, nous venons de le voir, hors de la Brunelie. Il épouse Anne Chèze, issue d'une vieille famille de Vollore, qui vient habiter avec lui vers 1616. Cinq enfants, tous de sort connu, seront issus de ce couple, qui donne ainsi naissance, par l'intermédiaire de Jacques, marié à Antoinette Brunel, à une importante branche de Brunel Bassecourt. Le sort de ces gens ne nous est pas indifférent mais il est impossible de suivre toutes les lignées. Ce qui est remarquable ici repose sur les rapports avec Mathias.

Ce frère aîné, à la personnalité forte sans doute, est un des pivots incontournables de toute l’histoire de ces Brunel. Il va ainsi se marier quatre fois: vers 1611, il est alors âgé de vingt et un ans, il épouse Marie Delaire. Deux enfants vont naître de cette union, Jeanne et Antoine, qui vont retrouver au centre du dispositif matrimonial ultérieur. Nous ignorons si cette première épouse est parente à Michelle Delaire, avec laquelle Mathias convole en secondes noces le 28 janvier 1625. Le contrat de mariage, passé à cette occasion, existe à la date du 31 décembre 1624. On y apprend que Michelle est née à Laire, dans la paroisse voisine d'Aubusson-Espinasse, que son père, Pierre, est mort et que sa mère, Françoise Chambon, vit au Sandier à Vollore. L’acte est signé dans la maison du futur, à la Brunelie, en présence de Messire Antoine Delaire jeune, prêtre, Mathias Ménadier, hoste, Annet Mosset, clerc, Maître Benoit Chambon, greffier d'Aubusson. On possède de cette façon le détail de la constitution, dont la future épouse se dote d'elle-même : trois robes nuptiales l'une de drap de couleur Romant l'autre de Mende, la troisième de bureau, un lit de plumes, une couverte de laine, quatre linceuls, une nappe, six serviettes, deux « coistres », une arche avec son linge. Le tout étant accompagné de trente livres en deniers, plus dix-huit livres pour frais nuptiaux. Elle se constitue également en dot envers son futur de tous ses biens et droits issus du décès de son père, dont elle est héritière universelle, tous étant situés à Laire, ainsi que de ceux à. échoir au décès de sa mère. Rien de bien original sans doute, mais voilà qui ajoute quelques biens supplémentaires à sa famille. On sait qu'un enfant va naître du couple en 1626, Jean, qui lui aussi va créer une nouvelle branche par son alliance avec les Trioulier Mais la vie de Michelle est sans doute courte, car le 26 mai 1629 Mathias se marie pour la troisième fois. C'est l'acte essentiel, qui sera d'ailleurs suivi par un quatrième mariage, vers 1632 avec Jeanne Dumas, qui donne naissance à deux enfants, Michel et Gabrielle, dont on peut suivre les destins.

Le 26 mai 1629 constitue donc une sorte d’apothéose, le notaire Sallamy ne s'y est pas trompé.

Peronnelle Brunel a le visage fier et durci par les peines ; jeune encore, elle vient à peine de fêter son trente-troisième anniversaire, tout en elle exprime pourtant une vie déjà longue. La taille mince et le dos un peu voûté, qui se cachent sous les longs habits noirs, qu’elle ne semble jamais quitter, les mains sèches aux doigts longs comme des sarments le regard un peu triste sous une coiffe d'où s’échappent quelques cheveux déjà gris, lui donnent l'apparence chétive de ces ancêtres éternels venus du fond des âges. C'est vrai que depuis sa naissance, en 1595, elle a vu de multiples misères autour d'elle, et si ce jour de mai semble un étonnant aboutissement familial, elle n'en profitera guère longtemps.

Elle a treize ans lorsqu'on la marie à Guillaume Brunel. C'est un cousin bien sûr, également de la Brunelie, mais on lui a dit qu’il était suffisamment éloigné pour ne pas avoir à demander une dispense à l'église. Ce qu'elle sait seulement, à travers les babillages d'enfants et les allusions d'adolescents qui l'entourent, c’est qu'il fait un peu peur à tout le monde avec sa grande taille, son visage long, précédé largement par un nez hors normes encadré de deux cavités orbitales, ou les yeux sombres semblent perdus. Silencieux, souvent brutal et maladroit Guillaume est âgé de presque trente ans, il est né le 12 mai 1579, et sa vie il ne l’a jusqu’ici consacrée qu'au travail la terre : la terre de son père Mathias, mais surtout le bois, qui est devenu sa spécialité. Chaque année, début novembre, il part, avec quelques autres paroissiens de Vollore, pour des campagnes de sciage, surtout vers le Bourbonnais et la Bourgogne. Durs hivers ainsi passés dans la solitude et l'humidité des forêts, à manier la longue scie plus de dix heures par jour, jusqu’au froid nocturne. Vers mai, à l'éveil des travaux en Forez il est de retour pour ce court, mais intense, cycle de cultures de montagne, qui ne lui laisse pas le temps de penser.

C'est en février 1609 qu’on le distrait quelques jours de sa scie pour le marier à la petite Peronnelle. Les deux pères, Mathias et Pierre, ont tout fait, tout décidé en bonne et due forme par un contrat signé le 6 février 1609, devant Maître Dumas, le notaire de Vollore. Sans doute étaient-ils cousins, mais cette consanguinité ne les empêche pas d’avoir une famille fort nombreuse, six enfants entre 1617 et 1627, Guillaume décédant peu après. On est frappé par la date tardive de la naissance du premier enfant par rapport à la date de mariage: Michel ne va naître que le 5 octobre 1617. Entre 1609 et 1617 on peut alors imaginer la vie de l'enfant-femme Peronnelle mise ainsi au service de son beau-père Mathias, dans sa maison, à attendre dans l'angoisse les retours d'un époux abruti de travail, et les maternités qui ne viennent pas, mais qui, une fois passée cette stérilité de l'adolescence vont se succéder avec une grande régularité: 1617 Michel, 1620 Jehanne; 1622 Antoine, 1624 Antonia, 1626 Michelle, 1627 Antoinnette. On relèvera de nombreux autres cas de mariages précoces dans ces familles Brunel, sans doute témoignage de la volonté de se marier entre soi. Sur ces six enfants trois sont de destin inconnu, peut-être morts en bas-âge, les autres vont jouer un grand rôle dans l’affirmation du patronyme à la Brunelie. En observant les parrains et marraines de cette fratrie, on constate que huit sont des Brunel, affirmation du lien privilégié avec la famille proche, trois appartiennent aux deux grandes familles Rossias et Delapchier, qui jouent déjà un rôle important dans le commerce du bois, un est un « maistre bouchier » Guilhaume Sugier. Voici donc, sous nos yeux, une première "fusion" familiale entre deux branches Brunel. D’autres ont probablement eu lieu avant; mais aucune source ne permet d'en parler.

Le 6 février 1628, par un petit billet du curé de Saint Martin-en-Bresse, Pironnelle apprend que Guillaume est mort. D'épuisement ? De maladie ? D'accident ? Peut-être le saura-t-elle au retour des autres migrants vers le printemps. Pour l'heure il faut assurer la survie, elle est désormais seule, sans parents ni beaux-parents, en charge de plusieurs enfants âgés de onze ans à trois mois, et l'hiver 1628 est féroce. En attendant cependant la fin de l'an vidual elle reçoit des conseils d'amis ou de parents, qui, avec l'aide du notaire Sallamy, mettent au clair l'échaffaudage complexe de mai 1629.

C'est une vieille habitude auvergnate d'essayer d'unir deux maisons, dans ce pays de droit coutumier, par des liens aussi étroits que possible. En observant uniquement les familles alliées aux Brunel de la Brunelie, on peut relever de multiples mariages doubles, voire triples.

En 1596 les deux frères Jean et Gabriel Grimardias épousent au Poyet les deux soeurs Loise et Marguerite Brunel, mais c'est surtout entre 1621 et 1636 que l'on assiste a un véritable déferlement : le 30 avril 1621 Antoine et Pierre Bost épousent Marie et Michelle Trioulier, le 23 novembre 1623 un frère et une soeur Taillandier, Jean et Jeanne, s'installent à la Chaunias avec Benoite et Vincent Duchier. Quelques jours plus tard, le 30 du même mois, Jean Borel l'aîné, veuf, épouse Anna Brugière veuve de Damien Grissonenche, en même temps que se marient quatre de leurs enfants, Gilbert et Jean Grissonenche avec Françoise et Jeanne Borel. C'est un même mariage triple qui a lieu à la Chaugne le 11 novembre 1630 entre trois frères et soeurs Rochefolle, Pierre, Jacques et Clauda, et trois enfants Trippadoux de la même fratrie, Jeanne, Marie et Antoine, mariages suivis au Mayet, le 12 octobre 1631, par ceux de Jean et Antoine Grimardias avec Aune et Françoise Grissonenche. Deux autres extraordinaires alliances triples ont encore lieu : le 13 juin 1634 trois frères Chomette de la Farge, Jacques, Thomas et Benoit, épousent trois soeurs Masdorier, Jacqueline, Benoite et Antoinette, alors que le 23 mai 1635 trois frères Trioulier de Lapchîer, Antoine, Benoit et Annet convolent avec trois soeurs Bost, Catherine, Françoise et Clauda. Quelques mois plus tard, le 3 février 1636, Jean et Clauda Boret enfants de Pierre, s’installent avec Jeanne et Jacques Vialle, enfants de Jean. Il est certain aussi que la difficulté du temps, les ravages dus à la peste aussi, ont entraîné en masse ces étonnantes alliances, qui semblent rapprocher définitivement deux maisons.

L'acte signé dans la maison de Peronnelle appartient à cette catégorie et la chance a voulu que le contrat de mariage soit conservé, ainsi qu'un partage de biens, qui eut lieu quatre jours plus tard.

Le contrat de mariage du 26 mai 1629 est un modèle du genre tout s'y retrouve. Il n’est jamais question d'argent, toujours difficile à mobiliser, et la formation de l'association, en fait véritable communauté de deux branches Brunel, fait de Mathias un personnage tout puissant, régnant dans sa maison sur tous les couples ainsi constitués. Les constitutions en biens meubles des deux jeunes épouses apparaissent bien traditionnelles et secondaires par rapport au reste. Jeanne va ainsi recevoir de sa mère trois robes nuptiales, un lit de plumes avec son chevet, quatre linceuls, une nappe, six serviettes, une arche en sapin fermant à clef avec son linge et le mariage étant un miroir parfait, Jeanne Brunel Bassecourt reçoit de son père Mathias "le même ameublement que cy-dessus".

L'essentiel se situe alors dans les transferts de biens. Mathias conserve par devers lui « l’usufruit à lui acquis des biens de ses feues femmes », on sait qu’il a été marié deux fois à Marie et Michelle Delaire, et Peronnelle lui apporte en dot tous ses biens immeubles. Mathias ayant constitué en avantage, sur ses autres enfants, à Antoine et Jeanne le quart de tous ses biens en preciput; il en bénéficie cependant car il reçoit la jouissance de tous les biens des futurs époux et épouses "tant qu’il les entretiendra et qu'ils vivront dans sa maison". L'acte dit en effet que Mathias se charge de les recevoir tous dans sa maison, de les nourrir, de les entretenir ainsi que leurs enfants. Il remplace aussi Peronnelle dans la tutelle et curatelle de ses enfants mineurs, en jouissant pour cela de leurs biens, et reconnaît les dettes qu’elle avait contractées durant son association avec Guillaume Brunel: 60 livres a Guillaume et Pierre Dufraisse, 30 livres à la veuve de Jacques Mayet et 18 livres de "camellotte" à Anne Brunel, le tout par obligations signées. Il reconnaît aussi les 9 livres à payer à Marie Barry, chambrière des Brune! au moment du décès de Guillaume, et 8 livres à Jacques Brunel. Pour subvenir à l'acquittement de ces dettes il reçoit, avec inventaire, tout le bétail "bovin et lainé" qui appartenait; à Guillaume. Voici donc Mathias Brunel Bassecourt à la tête d'une importante communauté de biens, dont il est le maître incontesté, et d'une famille élargie de trois générations, qui va bientôt compter une quinzaine de personnes.

Pour mieux comprendre l'importance de cette concentration et l'affirmation de cette nouvelle branche Brunel l'étude du partage, fait entre Mathias et son frère François quatre jours plus tard, est particulièrement éclairante. On pénètre un peu plus, grâce a lui, dans la réalité économique de cette famille, surtout en ayant en mémoire le contenu du partage de leur frère Michel, déjà étudié, et réalisé quelques mois plus tard le 2 octobre 1629.

Le contenu est bien annoncé, les deux frères « (ont) entreux faict procedder au partage et divizion de tous et ungs chescun leurs biens meubles que immeubles a eux propres tant par acquizition par eux faictes que pour avoir suceddé et herité ausd feus Anthoine Brunel Bassecourt et Ménadier Marlat leursd feus père et mère ». Les deux frères se sont aidés pour cela de commissaires : Michel et Pierre Brunel, voisins et sans doute parents, Jacques Chèze, beau-frère de François, Antojne Ménadier Marlat, cousin, Jean des Clavellières, chapelier d'Augerolles. On ne s'intéresse ici qu'à Mathias, car c'est son cadre de vie qui nous retient. Il reçoit comme bâtiment une maison de tuiles creuses, haute et basse, située au sud du village, dans sa partie la moins élevée, avec chambres, boutique à faire la toile, grange et étable, le tout joignant ensemble, dans le village de la Brunelie.

C'est là que le 12 août 1984 - quatre siècles plus tard - je fis une visite avec mon père, Léon Brune!, descendant direct de Mathias à la douzième génération. Visite émouvante car nous y rencontrons une cousine éloignée, et inconnue de mon père, une Brunel aussi, qui après nous avoir offert le vin, un peu vert, de l'amitié, va nous faire découvrir ce qu'elle appelle elle-même le domaine Brune!.

Véritable monde clos que celui-là, forteresse de pierres et de pisé menaçant ruines, installée au coeur de la Brunelie, devenue entre temps la Bournélie. Une suite d'austères maisons imbriquées les unes dans les autres, avec cuisine à l'étage et couverts de tuiles creuses, fermées sur la rue par une véritable muraille de pisé à petites ouvertures élevées, occupe sur le plan cadastral actuel les parcelles 194 et 195.

Une très grosse maison en pierres de deux étages, sur la parcelle 17, nous est décrite comme le fief des Brunel, « présents partout dans ce village et de tous temps », L'ébauche d'une vaste voûte, dont seules les racines apparaissent contre sa paroi, nous est présentée comme les restes d'une grande salle, où, pendant la Révolution, se célébraient des messes clandestines. Où va donc se nicher la mémoire, qui sélectionne ainsi ce qui semble important de transmettre, et que confirme ce que l'on sait sur l'attachement profond de notre famille Brune! à la religion catholique, et sa promptitude à orienter ses enfants vers le service de l'église, ou à ne pas toujours comprendre les évolutions de cette seconde moitié du XXe siècle.

Le cadastre de 1810 est très net: il montre au même endroit six bâtiments contigus numérotés de 69 à 74. Leurs propriétaires sont encore tous des Brunel, démontrant la permanence de l'installation. On remarque par ailleurs qu'en deux siècles la structure du village est rigoureusement la même, et, qu'entre 1818 et 1994, aucun changement ne vient perturber, par des constructions nouvelles, l'ordre immuable de la Brunelie.

Il n'y a aucune raison qu'il n'en soit pas ainsi entre 1629 et 1810, et bien des pierres entassées de nos jours en ces lieux ont vu y vivre Mathias et les siens au début du XVII°siècle.

Autre phénomène remarquable, le parcellaire actuel n'est guère différent de celui de 1810 : ce sont les mêmes longues parcelles aux mêmes endroits, et la poussière des jardins persiste autour du village. La petite propriété, qui se retrouve à deux siècles de distance, est tout à fait la même en 1629, sans doute plus pulvérulente encore. Mathias reçoit lors de ce partage 4 hectares 75 ares de propriétés en dix-huit parcelles, soit une moyenne de 26 ares pour chacune d'entre elles1 Avec ce total il peut être autonome, d'autant plus qu’il y ajoute l'usufruit des biens de ses trois épouses successives, et qu1il jouit des biens de ses enfants établis sous son toit.

Deux choses retiennent encore l’attention dans ce partage.Chaque parcelle étant définie par les noms des propriétaires voisins et selon l’orientation, on est frappé par le nombre de Brunel concernés, parmi lesquels les plus souvent cités sont les deux frères Michel et François, et les héritiers de feu Guillaume, le premier mari de Peronnelle : l'émiettement de ces propriétaires ne peut être que le fruit de partages précédents, et la tentative faite par Mathias pour regrouper et travailler les propriétés de sa propre famille apparaît à l’inverse comme une volonté de résistance un peu dérisoire à l'éclatement foncier.

La deuxième chose notable concerne les caractéristiques de ces terres cette grosse communauté familiale doit vivre sur ses propres bases, et la polyculture la caractérise. Mathias reçoit alors 4 ares de jardin, 7 ares 59 centiares de chenevières, 1 hectare 73 ares 34 centiares de terres à labours, 1 hectares 44 ares 5 centiares de prés, 1 hectare 6 ares 28 centiares de pasquiers, 39 ares 77 centiares de vigne. Seule l'absence de forêt est à noter, la famille n’a pas encore franchi le pas vers l'exploitation du bois, mais la faiblesse de la part des terres à labours, c'est à dire ici à seigle, est inquiétante compte tenu de l'importance de la communauté vivant à pot et à feu.

Le partage entre les deux frères se termine par les traditionnels divisions d'eaux, droits de passage et servitudes, paiement de cens et d’arrérages, partage des dettes sans préciser leur valeur.

Cette stratégie de concentration autour d'un homme et par la volonté d'une femme est remarquable en tous points. Où sont ici les préoccupations « nationales »; la prise de La Rochelle par Louis XIII et l'Edit de grâce d'Alès. Qui à Vollore connaît alors Richelieu? Ce qui importe c'est la survie, et tout est consacré à elle dans cet espace forézien de moyenne montagne, où la peste s'est de plus installée entre 1629 et 1632.

C’est elle qui cause la mort de Peronnelle. En mars 1631 cette dernière se rend aux Clavelières-basses, dans la paroisse d'Augerolles, où réside Jeanne Poyet, originaire comme elle de la Brunelie, et qui depuis dix ans y est mariée à Etienne Tailhandier. Jeanne est sans doute la seule personne, dont la présence couvre toute sa vie ; elles ont été petites filles ensemble, gardant chèvres ou brebis, peinant aux foins ou aux moissons, et même si Peronnelle se marie très jeune, cette complicité demeure et se renforce. Pour aller aux Clavelières il faut une bonne heure en passant par le Besset, le pont de Pierre Blanche, où l'on franchit le Couzon, et après les quelques maisons du hameau de Lyolas, arrive la pente, douce d'abord, plus raide ensuite, qui mène au petit replas des Clavelières par une belle forêt de fayards et de sapins. C'est Jeanne qui lui a demandé de venir, car autour d'elle, dans cette grande cuisine où se trouve son lit, elle a bien senti que la mort rodait. Cette mort est partout, dans tous les hameaux plus au sud, apparaissant ici pour disparaître là, en raison d'un habitat très dispersé, qui ralentit la progression du mal en lui dormant une apparence irrationnelle dans son déroulement.

Jeanne est là, pauvre corps enfiévré au regard déjà lointain. Son esprit reste vif et sa parole ferme au cours de cet après-midi de printemps tiède, où elle retrouve Peronnelle. Que peuvent ainsi se dire deux femmes encore jeunes, amies depuis l'enfance, sachant très bien, comme on le sait en ce siècle, où est la vie et quand la mort doit venir ? En ce rare moment de tendresse dans ce vestibule de la mort, mais aussi pour des années de vie, on souffre de ne pas entendre ces confidences, et d’être seulement l’immatériel témoin, trop éloigné dans le temps de quelque chose d’intransmissible.

Trois jours après son retour Peronnelie est saisie d'une forte fièvre et d'une toux brutale et douloureuse. Elle meurt très vite le 17 mars 1631 Dans son registre paroissial de 1634 le Curé d’Augerolles, Messire Etienne Vialle, écrira plus tard : « Le 23 novembre 1634 a été relevé le corps et ossements de Jeanne Poyet, vivant femme à Etienne Tailhandier, résidant aux Clavelières basses, laquelle trépassa l'an 1631, de maladie contagieuse ».

L'espace BRUNEL de 1675 à 1715

Dans ce petit demi siècle, qui, en d'autres lieux, sépare le classicisme de la philosophie des lumières, mais qui ici correspond à de sombres périodes de crises, l'espace forestier et montagnard, qui est celui de ces familles et communautés Brunel ne peut être connu que par ses sources propres. On observe simplement que l’histoire générale ou régionale n'apporte pas grand chose au constat. A la fois notariales et paroissiales ces sources donnent à cette étude un contour précis et riche d'informations. 53 mariages et 17 remariages concernent des familles Brunel pendant cette période, et 30 unions commencées avant 1675 se poursuivent dans le même temps. Grâce à la richesse des minutiers Dozat et Chèze 136 actes notariés, se rapportant à ces familles, ont été retrouvés pour la même période. Voilà un bilan comptable un peu sec, alors essayons de pénétrer un peu plus dans leur intimité avant de revenir plus tard à l'itinéraire de notre propre famille.

Dans ce monde, où tout est pente et forêt, l'humanité, depuis les temps les plus lointains, s'est répartie en hameaux remarquablement dispersés: quelques petits centres élémentaires et une infinité de hameaux familiaux, dont le nom se transmet ensuite à la toponymie. Impossible à réaliser avant cette période, les sources n'étant pas assez précises, la répartition des familles Brunel obéit à cette loi de la dispersion. Les deux cartes des familles présentes en 1675 et des mariages célébrés dans ces quarante années, montrent bien que le patronyme est essentiellement vollorois: au début du XVIII° siècle quelques familles seulement sont dans la paroisse d'Aubusson et dans celle d'Augerolles.

A elle seule la Brunelie rassemble plus de la moitié des couples Brunel analysés dans ce cadre chronologique: 48 couples y ont créé des familles, dont 13 étaient des remariages. Une fois les généalogies opérées, la notion de couples s'efface derrière celle de familles, dont on peut suivre les évolutions grâce à la reconstitution. Dans l'impossibilité de connaître les ancêtres communs, et il y en avait sûrement, neuf maisons de Brunel ont proliféré à la Brunelie dans ces quarante années.

La première identifiée est issue d'Antoine Brunel et d'Antonia Rossias, par l'intermédiaire de leur fils Claude, qui épouse Gabrielle Brunel, fille d'un quatrième mariage de Mathias (l’époux de Péronnelle) avec Jeanne Dumas; on y retrouve d’ailleurs comme témoin François Bassecourt « dict Brunel », frère du dit Mathias. Ils vivent dans une assez grande maison située tout au sud du village, contre le chemin menant à la Félolie, et pas très loin du ruisseau qui coupe le finage en deux, maison dans laquelle vont se développer toutes les générations successives. La descendance de ce couple est prolifique sur sept enfants six sont mariés, dont quatre garçons qui assurent la pérennité du groupe, ce qui ne semble pas aller sans problèmes, les quatre actes notariés qui concernent cette famille étant liés aux apanages et aux constitutions. Claude épouse Jeanne Chèze, d'une famille de marchands, en 1691, ils ont neuf enfants, qu'ils dotent correctement deux garçons, Pierre et François, qui épousent deux soeurs Sablonnières, semblent continuer la lignée. Annet se marie avec Jacqueline Matay, fille de bourgeois, en 1698, il est tailleur; maître tisserand et vigneron, il signe des actes, et son contrat de mariage est solide, confirmé par quatre actes tous en sa faveur; ils ont cinq enfants dont deux garçons avec descendance. Antoine, qui épouse Cécile Brunel vers 1684, n'a pas de descendance ultérieure malgré les six enfants nés du couple, il est tisserand, fermier; mais les trois achats de biens, qu'il fait dans sa vie, concernent des coupes de bois, passées avec des voituriers ou des charpentiers. Jean, enfin, se marie avec Marie Chastel, ils ont une fille, Mauricia, qui épouse un « mailheur de drap » de Loumas; ce couple semble disparaître assez vite.

Une autre branche, la seconde, semble s'être détachée de l’ensemble Bassecourt tout en vivant dans la demeure de la famille : par son mariage le 9 février 1672 avec Benoîte Brunel - dont il est impossible de retrouver l'origine, mais pouvait-elle être d'un autre lieu que la Brunelie ? - Michel, fils issu du quatrième mariage de Mathias Brunel Bassecourt avec Jeanne Dumas, crée cette lignée qui ne leur survivra pas malgré leurs quatre enfants. La seule fille survivante de cette branche va s'installer à Saint Gervais, auprès de son époux Claude Bourdelle.

La troisième lignée de la Brunelie gravite aussi dans la mouvance Bassecourt, elle vient du couple Jacques Brunel Bassecourt fils de François, marié à Antoinette Brunel. Trois garçons, sur cinq enfants mariés, assurent la continuité du nom: Michel, Guillaume et André. Tous vont vivre dans la grande et longue maison, dont la muraille austère longe la rue centrale de la Brunelie. Une fois pénétré dans l'intérieur on est frappé par l'exiguïté et le morcellement des lieux ; en dehors de deux grandes salles communes, l'une au rez de chaussée l'autre à l'étage, de multiples chambres, semblables à de basses cellules, couvrent tout l'étage. On s'y entasse par couples avec les enfants jeunes, dans un ameublement d'une grande modestie.

C'est Michel qui semble avoir connu la réussite la plus spectaculaire, marié à Antoinette Brunel en 1669, c'est un vigneron qui signe, puis est mentionné quatre fois fermier du château de la Pauze. Dans les six actes qui le concernent, il gravite dans un milieu de marchands et de chirurgiens; en 1688 il vend pour 600 livres de biens, il est plusieurs fois qualifié de sieur et assume la tutelle de nombreux neveux et nièces. Le 7 novembre 1688, probablement très malade, il dicte un long testament assez décevant, à Maître Vergheade. Son épouse n'attend pas la fin du délai de l’an vidual pour se remarier en juin 1689 avec sieur Etienne Planat, gros marchand de Vollore. Leur seul fils, Jean, dit Brunel Pauze, est lui aussi fermier et laboureur, marié à Michelle Brunel (toujours l'homonymie) il a sept enfants, dont tous les parrains et marraines sont des Brunel. Il ne semble pas cependant suivre la voie de son père en affaires: les sept actes qui le concernent sont des ventes de biens pour rembourser des dettes 300 livres à un fils, 30 livres à un chirurgien, 25 livres pour arrérages de cens, 73 livres pour prêt... On n'est donc pas surpris de constater que le contrat de mariage de son fils Jean, souvent signalé métayer et tisserand, révèle une grande modicité, et Marguerite Chassonneris, son épouse, est servante au bourg ancien. Dix enfants naissent du couple, qui quitte la Brunelie pour Barbat pour assurer sans doute un métayage.

Guillaume le second fils de la lignée, marié à Anna Podrilhe, nta pas de descendance mâle; il est appelé sieur, signe, et son testament, en 1684, révèle une certaine richesse.

Enfin André, le troisième, marié en 1674 à Etiennette Rafty, dont il a cinq enfants, puis en 1688 à Clauda Guillaumon, dont il en a six, est toujours signalé tailleur d’habits; il semble davantage vendre des biens que d'en acheter, parfois pour payer des dettes, mais son testament inventaire, deux jours avant sa mort, donne une description assez modeste de son univers personnel.

La quatrième famille, fort prolifique, descend du couple Roland Brunel - Marie Gaize. Si une fille, Benoite, s'allie aux Bassecourt en épousant André Brunel - on retrouve à son mariage en 1654 les deux frères Mathias et François - les trois garçons Michel, Claude et Guillaume ont des itinéraires originaux. Leur installation à la Brunelie se fait dans les mêmes conditions que celles des Bassecourt, mais la maison de deux étages occupe, près du domaine Bassecourt, tout l'espace occupé autrefois par des jardins. La vie commune, et la montée des jeunes, ont entraîné plusieurs agrandissements, qui défigurent complètement la maison originelle.

Michel, qui est surnommé Bongard, est marié une première fois à Toisnette Brunel Pasmole, puis vers 1645 à Pironnelle Borias, dont il a quatre enfants, enfin en 1672 à Benoite Brunel. Il est mentionné coutelier et les dots de ses filles sont très modestes. Pierre, son premier fils, est marié trois fois en 1689, 1699 et 1705: ce sont des mariages modestes, Pierre est cité comme coutelier, mais surtout comme journalier, ce qui l'entraîne sans doute à se fixer aux Thioulards. Quelle différence avec le deuxième fils ! Celui-ci, François, qui épouse Pironnelle Gonguel, dont le destin des enfants est inconnu, est marchand et maître tisserand, il signe plusieurs fois des actes notariés, et semble connaître une relative réussite.

Claude, le deuxième fils de Roland, est d'une activité débordante: il se marie en 1654 avec Anne Trioulier Capiot de Courpière, dont il a onze enfants, neuf étant mariés et assurant une longue descendance. On possède neuf actes notariés concernant cette famille, dont six contrats de mariage montrant des dots de 200 à 300 livres. La liste des parrains et marraines témoigne aussi d'une grande ouverture sur d'autres familles. Est-ce pour cela que l'histoire de la fratrie issue de Claude semble être la plus tumultueuse de la Bournelie ? C'est le sort de Jean, dit Pirard, qui retient tout d’abord l’attention. Il a sept enfants de deux femmes, Jeanne Chassaigne et Clauda Gardelle, et si sa résidence est la Brunelie, on le retrouve parfois en d'autres lieux (la Cavalerie, le Garrest). Il est laboureur, et à la fin de sa vie qualifié de Monsieur, il signe vingt fois des actes multiples, qui sont souvent des ventes pour dettes, des rentes, mais on le voit parfois acheter aussi du bien, comme les droits de Michel Brunel, garçon papetier à Thiers, qu'il paye 300 livres. Entre 1694 et 1697 on perd sa trace, mais deux actes nous éclairent sur son sort. Lors du mariage double de deux de ses soeurs avec deux frères Chouvel, on lit dans le contrat de mariage du 19 décembre 1697, que c'est lui qui doit payer les dots et les ameublements mais « pour lesd sommes n’estre en pouvoir d'en faire payrnent parce qu’il a esté reduit en misérable estat par la prise de sa personne, conduit par force dans les années du Roy en Italie où il a été détenu longtemps ». Le 8 juillet 1701, en cours de procès avec Antoine son frère, il signe une transaction pour 45 livres de dettes dues par Jean, "pour services rendus en l'absence de Jean qui avait été pris par force et conduit dans les armées d'Italie" et 160 livres détournés pendant son absence par ce même frère. On peut facilement imaginer le sort de cet homme, embrigadé de force à l'étranger pendant plusieurs années, et que l'on semble surpris de voir revenir. L’homme devait être solide et bien trempé, et les expressions utilisées dans les actes montrent que l'expérience a du être pénible. L'un de ses fils, Maurice, qualifié de marchand laboureur, assure avec dix enfants et deux mariages la poursuite de la famille. Les deux frères de Jean le soldat ont des destins différents, ils savent écrire tous les deux, mais Jean le cadet entre gendre dans la famille Chèze de Barbat où il est signalé valet domestique de son beau-père! Quand à Antoine c'est un sabotier qui a du bien, qui a épousé une Brunel du bourg ancien et qui semble bien gérer sa vie, son fils Maurice dit Pirard assume l'héritage et le transmet.

Guillaume enfin, le troisième fils de Roland, a une stratégie originale pour concentrer ses biens, il marie sa fille à un Brunel de la Brunelie, installe son fils cadet Michel compagnon papetier à Thiers, et fait de Jean dit « le petit homme », son héritier unique. Marié deux fois en 1684 et 1697 avec Pironnelle Brunel Bassecourt, fille de Michel, puis Jacqueline Chouvet il semble avoir une activité protéiforme : tour à tour laboureur, metayer, vigneron, tisserand, coutelier, l'inventaire conservatif fait en 1697, avant son deuxième mariage, montre qu'il possède 320 livres en fonds et des biens meubles modestes. Ses multiples spécialités cachent sans doute la réalité d'une famille proche de la misère. N'ayant pas de fils il fait venir auprès de lui en 1721 Antoine Dufraisse, époux de sa fille Benoîte, héritière universelle.

La cinquième famille de la Brunelie est issue de Guillaume et Peronnelle, c'est notre famille directe, que nous allons retrouver plus tard avec Mathias, et qui se manifeste ici par l'un des trois couples mariés en mai 1629, Michel Brunel et Jeanne Brunel Bassecourt. Ils vivent aussi dans cette longue maison Bassecourt décrite plus haut. C'est un couple d'enfants que l'on avait mariés là -12 et 16 ans- ils ont pourtant six naissances. Trois sont mariés: Mathias l'aîné, Antoine et Mathias le jeune, le nôtre, que nous retrouverons. Le premier va épouser successivement deux soeurs Brunel Prugne, Clauda et Anne, aucune ne leur donnant d'enfant, il sort très vite du champ d'étude. Antoine est lui marié trois fois à Michelle Rossias, Antoinette Dubesset et Marie Chouvel. Entre 1663 et 1681 la seconde de ces épouses lui donne cinq enfants, dont deux garçons qui vont se marier. Antoine est sans doute bien impliqué dans le commerce du bois : un oncle de sa femme est honnête personne Guillaume Dubesset marchand voiturier par eau, en 1683 il assance à Jacques Lelong, forestier des bois du marquis Saint Herem, le domaine de Teglans, à Saint Jean des Ollières, et en 1688 celui du Pradel à Vollore à Monsieur Honnoré Ferrand, bourgeois. Son fils Guillaume, qui est laboureur et fermier, continue dans cette voie, puisqu'il est fermier du domaine du Trioulier, de La Garbière et d'une moitié de domaine au Ménadier. Il se marie en 1685, a une nombreuse descendance, et est assez instruit pour signer ses actes. La même année le frère de Guillaume, Mathias, épouse Gabrielle Taillandier, couple de vigneron, qui donne naissance à une nouvelle lignée.

La sixième famille installée à la Brunelie est aussi issue du Guillaume et de Peronnelle, ce couple fondateur. Il s'agit de leur troisième fils Antoine, né le 3 avril 1622, qui épouse Jeanne Goutte Queyrat, qui est originaire d'Olmet, le 12 septembre 1655. A son mariage assiste Messire Guillaume Brunel prêtre, dont il est difficile de connaître la filiation. Eux aussi ont élu domicile dans la maison Bassecourt où ils occupent la partie la plus récente, aménagée à la hâte dans d'anciens greniers. Le couple a cinq enfants entre 1658 et 1667, les dix parrains et marraines proviennent d'horizons très différents, beaucoup sont d'Olmet, trois seulement sont des Brunel, deux sont des marchands, ce qui n'étonne pas, Antoine étant cité lui-même comme marchand voiturier. Curieusement on ne trouve aucune trace de transactions chez ce couple, dont un fils, Antoine, installé à la Sauvetat à Aubusson, assure par son mariage avec Françoise Dussopt, la continuité de la lignée, par le couple Pierre Brunel - Marie Chambon.

La septième famille répertoriée, elle s'est formée aussi à partir d'un des trois couples formés en 1629, c'est Antoine Brunel Bassecourt marié à Jeanne Brunel. Ils descendent donc de Guillaume et Pironne, ainsi que de Mathias et de Marie Delaire, c'est ce qui explique que le début de leur vie de couple se passe également dans une pièce de la maison Bassecourt, qui a donc compté cinq couples mariés vivant conjointement, sans recenser leurs nombreux enfants. La fécondité de cet étrange couple d'enfants (Antoine a douze ans et Jeanne neuf ans lors de leur mariage) est très curieuse, car mariés en 1629 ils ont deux enfants en 1651 et 1656, à moins que des migrations en d'autres lieux aient entraînées des naissance extérieures impossibles à connaître. Ce couple a donc un fils, Michel, qui assume l'héritage, et épouse en 1696, juste après la mort de ses parents, Antoinette Chouvel, veuve de Claude Aiguebonne. C'est un laboureur vigneron, il signe, vend et achète beaucoup; en 1698 il prend même en bail le domaine de Puymilier à Aubusson, loué à Honnoré Ferrand 175 livres par an. A ce moment là le couple a quitté la maison de la Brunelie pour s’insta!ler sans doute à Puymilier. Aucun des trois enfants du couple ne va survivre.

Une huitième famille réside et se développe à la Brunelie: ce sont des Brunel Bassecourt descendants du deuxième mariage de Mathias avec Michelle Delaire. Un fils unique est né de cette union en 1626, il a comme parrain et marraine Michel et Jeanne Brunel Bassecourt, deux des mariés de 1629, et le 22 novembre 1649, il épouse Jeanne Trioulier, fille de Pascal, venue de la Félolie à Aubusson. C'est une des nombreuses alliances entre les Brunel et les Trioulier, et plus tard nous retrouverons partiellement l'histoire de cette famille. Entre 1655 et 1665 ce couple, qui semble vivre de manière autonome, dans une petite maison isolée et mal construite du centre du village, a quatre enfants. Les parrains et marraines sont uniquement des Trioulier et des Brunel, tout comme les présents au mariage ou à certains décès. L'affirmation du lien avec la paroisse d'Aubusson se complète par le mariage de Mathias, encore un Mathias !, seul enfant du couple à convoler; il épouse Clauda Bost Lampy, issue de familles d’Augerolles et Aubusson. Mais le couple reste sans enfants pendant dix sept ans, ses affaires semblent péricliter, et des dettes ou obligations s'accumulent en particulier des frais de chirurgien. C'est peut-être ce qui explique un second mariage, qui est un repliement sur des Brunel voisins, les Brunel Pirard. Françoise, sa seconde femme et fille de Claude et d'Anna Trioulier, lui donne cinq enfants entre 1694 et 1701, étroitement encadrés par des parrainages Brunel, enfants dont l'un, Claude, assure la continuité familiale.

La neuvième et dernière lignée relevée au même lieu pendant ce demi siècle a fait souche à partir du couple Estienne Brunel - Anna Pouzet, mariés en 1604, impossible à rattacher à une autre branche. Cela explique sans doute leur installation dans une grande maison au sud-ouest du village, qu'ils partagent avec d'autres Brunel mais également des Poyet peut-être alliés autrefois? Une certitude cependant ce sont des Bassecourt, plusieurs descendants étant ainsi signalés par les curés au moment des baptêmes. Nous ne savons pas ce que deviennent les trois filles du couple, mais le destin des deux garçons, Antoine et Benoit, nous est connu.

Le premier, Antoine, épouse Anne Borias, ils ont un fils, Michel, marié en 1670 à Clauda Matussières. Seules deux filles survivent sur leurs quatre enfants. Il semble que le couple ait quitté la Brunelie pour s'installer à la Prugne, où sa survie devait être difficile: en 1691 il doit 130 livres à un marchand, sieur Etienne Planat; dont 65 livres pour vente de blé-seigle, ce qui n'est pas bon signe . Il lui vend alors casuellement un pré de trois chards de foin correspondant à la dette. Deux ans plus tard, le 7 avril 1693, rien ne va plus, il doit encore céder au même marchand un pré de quatre chards, valant 240 livres. Ici les dettes sont précisées: un cheptel de 17 livres et une obligation de 85 livres en 1681, un septier de blé seigle en 1682, 36 livres en 1684, 23 et 60 livres en 1685, 40 livres en 1687, 3 livres et 18 quartons de blé seigle en 1689, 13 livres en 1690. Petites dettes successives qui montrent que cette famille passe progressivement au statut de journalier.

L'autre fils d'Etienne, Benoît, est d’une autre trempe. Marié deux fois, à Catherine Brunel tout d'abord, puis à Anna Chouvel, il va avoir neuf enfants, dont huit seront mariés selon des stratégies originales: deux de ses filles épousent deux frères Batisse, deux autres enfants se marient à deux Cathonnet, les quatre autres se partagent entre des Thuel Chassagne, Mayet Angely, Retrus et Sozedde. Trois fils vont continuer la lignée. En plus de cette nombreuse et robuste descendance l'activité de ce tisserand en 1668, devenu maître tisserand vingt ans plus tard, est multiforme: douze actes au moins concernent les dots de ses enfants et des transactions qui y sont liées. Le 9 septembre 1688, trois jours avant sa mort, il fait, dans sa propre maison de la Brunelie, un testament devant le notaire Vergheade, qui est un modèle du genre : les funérailles sont laissées à la discrétion d'Anne Chouvel sa femme, à qui il lègue 200 livres, il donne le détail de ses dettes et des prêts qu'il a consentis, nomme deux de ses fils héritiers universels en les chargeant de payer des dots à ses autres enfants. Ces deux fils, Michel et Pierre, mariés chacun deux fois n'auront cependant pas de descendance visible, mais leur activité, entre 1676 et 1694, date commune de leur mort liée aux grandes crises de ces années là, reste importante au niveau des transactions. Leur famille a atteint une certaine aisance et a du jouer ainsi un assez grand rôle dans le village.

Ainsi dans ce lieu, dit de la Brunelie, au moins neuf lignées de Brunel se sont développées pendant ces quarante années, ont fait souche de manière plus ou moins prolifique. Ces familles, souvent élargies aux ascendants et descendants, dominent largement par leur patronyme la communauté de vie qui est celle du village. Dans cette région aux ressources limitées par un milieu ingrat; on a peine à concevoir l’entassement humain sur un si petit espace : en si peu d'années, cinquante et un couples de Brunel se sont formés et ont vécu à la Brunelie, et cent soixante douze enfants, portant le même patronyme, y sont nés. Constatons aussi que neuf couples sont issus de remariages, et qu'un enfant sur trois meurt ou disparaît de l'observation.

On doit alors imaginer autre chose pour réaliser ce qu'était la vie quotidienne. En repérant sur les fiches de famille les personnes vivantes, ou présumées telles, en 1690, donc avant les grandes crises de la fin du siècle, ce village abrite et fait cohabiter dix huit couples Brunel. Certains, en fin de cycle familial, ne sont plus composés que de deux vieilles personnes, parfois d'une seule, mais d'autres prolifèrent dans ces petites maisons, où chacun se serre et survit. C’est le matin, peu après le lever du soleil, et selon cet immuable rythme biologique lié au jour et à la nuit, que brusquement en quelques minutes, la Brunelie sort de sa torpeur nocturne. L'unique rue, qui traverse le village, et grimpe assez fort de la châtaigneraie du sud, jusqu'au chemin de Courpière et aux deux pièces de vignes du nord, s'anime et se remplit de bruits et de cris familiers. En 1690 sont ainsi comptabilisés trente huit enfants Brunel, âgés de un an à quinze ans. Qui saura décrire et comprendre cette république des enfants, installée dans l’unique rue empierrée, entre des tas de fumier et des odeurs de bois brûlés, sans autre maître que cette autorité souvent brutale venue de la famille, qui les réquisitionne du printemps à l'automne, et les laisse le plus souvent livrés à eux-mêmes le reste du temps. Dans cette rue qui monte, ils sont tous semblables, sous l'uniforme gris ou roux des toiles de chanvre tissées dans les ouvroirs du village, sabotés le plus souvent, parfois couverts de quelque chapeau trop large. Ils s'appellent Antoine, Marie, Jean, Guillaume, Antoinette ou Benoîte, comme leurs grands parents, oncles ou parents. Ils n'ont aucune originalité, sauf celle dont la nature a bien voulu parfois les affubler, le plus souvent à leurs dépens. A l'exception de rares aînés, déjà entraînés dans quelque campagne de sabotier ou de scieur, ils n'ont jamais quitté cet univers, et le monde qui les entoure leur est totalement inconnu. En se souvenant que les Brunel forment à peu près la moitié de l'effectif du village, c'est environ quatre vingt enfants, âgés de un à quinze ans, qui connaissent ainsi ce même sort au même moment.

Si la Brunelie est le village source et le coeur battant du patronyme - comme il en existe des milliers en Auvergne et en France pour d'autres noms - on va trouver dans la même période une dizaine de villages, hameaux ou établissements isolés, où des fils Brunel ont aussi fait souche. Leur nom s'effaçant derrière celui de leurs époux, les filles Brunel ne peuvent pas être suivies, mais rien ne les différencie de leurs frères cependant sur ce plan : elles s'installent en même proportion, et comme eux, toujours dans des villages proches. On peut ainsi faire un cercle autour de la Brunelie, il n'excède jamais quelques kilomètres, obéissant à cette loi des complémentarités proches d'un village immobile.

Ceux que l’on retrouve sous la dénomination de Brunel Prugne forment, au hameau de Prugne, à huit cent mètres à l’ouest de la Brunelie, des familles nombreuses et prolifiques : huit couples et trente quatre enfants s'y succèdent ou y vivent en commun entre 1675 et 1715. C'est peut-être un Michel Brunel, qui vint s'installer ici en y épousant une Rossias vers la fin du XVI° siècle. Il venait naturellement de la Brunelie, les parrains et marraines de leurs trois enfants étant tous des Brunel. Un seul a une descendance, c'est Jacques, né le 18 octobre 1613, qui épouse Jeanne Borias, peut-être originaire de la partie la plus montagneuse de la paroisse d'Augerolles. Ce couple, qui vit et qui est installé à la Prugne, va avoir huit enfants, dont sept seront mariés, Jeanne et Benoit l'étant deux fois. A leur naissance, ou à leur mariage, tous sont appelés Brunel Prugne, en 1654 on relève même, à la naissance de François, que son père s’appelle "Prugne dict Brunel", étonnante inversion du patronyme, qui montre bien que le lieu où l'on habite est bien plus important que le nom que l’on porte. La fratrie est solidement groupée autour d'Annet fait héritier universel avant la mort du père. Ainsi la maison du père devient la maison du fils, qui n'est pas l'aîné ici. Cet Annet semble être effectivement un rude personnage né en 1651 à la Prugne, il s'y marie vingt et un ans plus tard avec une Jeanne Brunel de la Brunelie, qui en vingt cinq ans de vie commune accouchera de huit enfants, la naissance du dernier entraînant sans doute son décès, en 1697, et de ce fait le remariage d'Annet en 1701 avec Françoise Chambon. Laboureur, que l'on voit douze fois signer des actes, Annet a une activité économique assez brillante, achetant souvent, prenant des biens en assance. A partir de 1692 - la crise commence - on le voit cependant vendre deux biens pour rembourser deux dettes, mais ses deux filles dotées le sont correctement. De ses trois fils Maurice se marie le premier en 1701 avec Jeanne Delaire, leurs sept enfants naissent à la Prugne, et certains vont continuer à y faire souche. Claude, le second fils, se marie en 1703, en présence de deux de ses frères, avec Benoîte Hermillon d'Augerolles, il est valet métayer au domaine de la Garbière à l'ouest de la Prugne, sa seule fille survivante ira s'installer à Courpière. Jean enfin épouse en 1714 une Delaire de la Grangette, également d'Augerolles, ils vivent dans la maison de la Prugne en compagnie de l'ancêtre Annet et de l’aîné Maurice, cela explique sans doute que deux de leurs enfants partent s'installer ailleurs, dont un Maurice, que nous retrouverons à Augerolles, où il crée à la Granetie une branche Brunel, par son mariage avec Marie Rouxvidant.

Les Brunel Barbat, tout aussi nombreux mais moins féconds (sept couples pour dix huit enfants sur ce demi siècle) forment pendant des siècles, la seule population de ce hameau familial, situé au sud du village de Vollore. Leur installation ici est sans doute plus ancienne que les traces que nous possédons : déjà un Maurice Brunel avait épousé, le 25 août 1579 Clauda Raffy Barbat, unissant sans doute les deux hameaux. Deux de leurs enfants survécurent : Antoine Barbat se marie à Antonia Rossias, mais deux de leurs trois enfants s'en retournent, pour se marier, à la Brunelie, un troisième part pour la Borie d'Augerolles, quant à Etienne dit Barbat, il a aussi cinq enfants de Benoîte Brunel, deux vont à la Brunelie, un aux Thioulards. Ce n’est de ce fait pas par cette famille, que le peuplement Brunel de ce hameau va se faire. Par le biais de biens familiaux faisant retour à la famille, sans doute par des dots ou des cessions, elle semble en effet se replier vers ses horizons initiaux. C'est une seconde lignée, qui joue dans cette perspective le rôle essentiel, et crée dans ce hameau une branche, qui y réside en permanence.

En 1623 Antoine Brunel Barbat épouse Dauphine Cellier, venue sans doute d’une autre paroisse, ils ont sept enfants entre 1626 et 1644. C'est Annet qui perpétue la famille sur place en épousant Arme Vachon - ou Voisson - aussi de l'extérieur. ils passent toute leur vie commune à Barbat, ont également sept enfants, dont six vont se marier, y compris deux jumeaux, qui, fait exceptionnel, vont survivre. C'est dans cette famille, que le 27 septembre 1695 trois membres de la fratrie épousent trois frères ou soeurs Garret le triple contrat de mariage est resté, chaque fille est dotée de 120 livres. Quatre autres contrats de mariage concernent cette fratrie. Elle semble résider en totalité, et même après les mariages, à Barbat Les trois garçons sont toujours mentionnés peigneurs ou tisserands.

Le premier, Antoine, est marié deux fois, en 1686 et vers 1707, à Anne Chezal et Catherine Planche, il a cinq enfants sans descendance visible. Il est toujours porté tisserand sur les actes divers et semble faire quelques séjours au bourg de Vollore, d'où sa femme était peut-être originaire. Mais sa condition se détériore avec le temps : en 1688 il revend à son père ses droits sur l'institution d'héritier faite avec son frère Jacques, et renonce en même temps à ses droits sur l'héritage de sa mère; cela lui procure 160 livres payables en quatre ans et toute une panoplie d'outils pour travailler le bois, ce qui prouve qu'il ne pouvait pas vivre de son unique qualité de tisserand ; en 1691 il est signalé tisserand au bourg et il assance pour 12 livres et une récolte de chanvre une petite maison à Fraisse ; en 1697 ses besoins semblent se faire plus pressants, il vend une chenevière 6 livres et une vigne 41 livres. Mais ses dettes sont trop fortes, en 1698 il doit à Honnoré Ferrand, un bourgeois de Vollore souvent en relation avec les Brunel 13 livres pour arrérages de cens, à demoiselle Maspatier 21 livres, au sieur Pierre Chastel, marchand de Vollore, 65 livres, à Jean Londiche 21 livres; il est alors obligé de se départir d'une vigne de quatre oeuvres valant 120 livres; un an plus tard il cède à ses deux frères, tisserands comme lui à Barbat, les biens héréditaires de sa mère pour 14 livres.

Le deuxième fils, Jacques, se marie en 1695 à Françoise Garret de la Pauze, et c'est là que ce tisserand pauvre va, de temps en temps, faire quelques métayages qui ne durent pas. La fiche de famille de son seul fils, marié en 1727 à Catherine Bourdier originaire de Fraisse, montre qu'avec leurs huit enfants, ils ne quittent jamais Barbat, où il est toujours porté tisserand; c'est cette famille qui fera souche le plus longtemps dans ce hameau.

Annet enfin, le troisième fils, tisserand qui signe une fois un acte, a fait partie de cette triple alliance avec la famille Garret en 1695, il se remarie en 1705 à Fiacre Sauvanet, servante domestique au bourg de Vollore, mais qui lui apporte tout de même 150 livres sur ses économies lors de leur contrat de mariage. Annet n'a qu’un fils Antoine, installé lui aussi dans la maison de Barbat, où il est souvent porté vigneron; avec son épouse, Marie Valentin, ils ont cinq enfants, dont une fille muette décédée au bourg au service de Mademoiselle Ferrand. Aucun n'aura de descendance pouvant être suivie. On peut signaler aussi, dans cette période, la présence à Barbat du couple Jean Brunel - Anne Chèze, originaire de la Brunelie, mais ces "gens de labeur" n'y sont que valets domestiques en 1704; ce frère cadet a probablement souffert de querelles d'héritage avec une fratrie tumultueuse: un de ses frères Antoine a profité de l'absence de Jean l'aîné (prisonnier en Italie) pour s'emparer de sa succession, et un long procès les oppose en 1701.

Les Brunel Chèze sont peut-être d'installation plus récente dans le village de la Chèze basse, tout au nord de la paroisse. On ne sait pas où habitait le couple fondateur Pierre Brunel - Antonia Pouzet marié en 1605. Il est certain que la présence de Brunel à la Chèze est liée au mariage double de deux de leurs fils Jean et Julien, qui épousent le 8 juin 1649 deux soeurs Aime et Jacqueline Chezal, toutes deux de la Chèze, comme leur nom semble l'indiquer. Le premier couple laisse peu de traces, hormis la présence à son mariage de quatre Brunel de la Brunelie, indiquant une origine probable de ce village. Julien fonde deux familles, chacune de trois enfants, avec Jacqueline Chezal et Jeanne Torguette, Ce ne sont pas des possédants, aucun acte ne les concerne, et ils semblent osciller entre la coutellerie et le tissage, au gré du travail qui leur est offert. Ce sont leurs enfants qui nous apprennent davantage: deux garçons du premier mariage, Guillaume et Michel, et un du second, Amable, sont tisserands et couteliers, ils habitent ensemble à la Chèze basse, font des traités entre eux pour payer des dettes. L'année 1693 est particulièrement mauvaise, pour eux comme pour beaucoup, ils sont obligés de vendre une terre pour une obligation, puis un pré et une terre à la fille du notaire Sallamy pour une dette totale de 165 livres, décomposées en de multiples petites sommes. Guillaume n'ayant pas eu de descendants pouvant être suivis de son mariage avec Jeanne Mallet c'est par Michel Brunel Chèze et Anne Hermillon, de Rochemulet, que la famille se continue. Ce couple de couteliers a en effet deux fils prénommés Pierre, tous deux couteliers, plus rarement métayers, qui se marient en 1714 et 1731 avec Marie Morel, de Saint Jean Lavêtre, et Marie Retrus, de Montmiot. Ils sont sans doute très pauvres, Pierre l'aîné finit sa vie comme mendiant du village de la Farge, et il décède en 1766 au village de Chassaigne, errant sans doute de place en place. On ne sait pas grand chose de Pierre le Jeune, mais le parrainage de ses enfants indique plutôt qu1il devait graviter dans des milieux de brassiers et de petits métayers, très pauvres sans nul doute.

Les Brunel dits Mayet ou Angely, ou Mayet Angely, forment un petit noyau, qui se survit à lui-même dans les mauvaises terres, qui couvrent les premières pentes du Puy de Chignor, hésitant à se fixer entre les quelques maisons de Langely et le petit hameau du Mayet. Cette installation est fort ancienne, déjà Jean Brunel et Estiennette Voyssier y avaient fondé une famille, nombreuse, entre 1602 et 1621, avec comme parrains pour leurs six enfants des Brunel du Mayet mais aussi de la Brunelie. Le village mère est toujours omniprésent. Leur fils Jacques continue la lignée : marié une première fois à Antonia Dufresse il en a deux enfants, puis de son second mariage avec Marie Mayet Angely, neuf autres. La liste des parrains et marraines de cette longue fratrie montre une grande diversité, à la fois dans les noms et dans les origines. Ce sont sans doute des milieux fort modestes : aucun acte n'est signé devant un notaire, à l'exception d’un échange avec un marchand, les filles se marient assez loin. Les deux fils Etienne, dit Mayet, et Michel, se marient respectivement avec Marguerite Roche et Anne Fayard en 1671 et 1691, mais ils n'ont pas de descendance visible. La branche Brunel du Mayet semble donc s’arrêter là au moins pour un temps. Cependant une sorte de brume flotte sur ces familles modestes, qu'aucun témoignage de notaire ne vient éclairer; deux naissances à Langely en 1681 et 1684, dans la famille d'un Jacques Brunel, marié deux fois peut-être avec Pironnelle Bourdilhon et Pironnelle Fayard, viennent encore jeter le trouble sur cette construction un peu vacillante.

Qu'allaient donc faire si loin ces Brunel d'Ayguebonne, dans ce petit hameau qui est le plus haut de la paroisse, accroché aux pentes nord du Puy de Chignor, dans un paysage grandiose, d'une grande solitude, perdu dans un océan de conifères et de hêtres? C'est un Bassecourt qui a créé cette communauté :Blaize, marié à Gabrielle d'Ayguebonne vers 1580. Il venait peut-être de la Brunelie, mais on trouve, parmi les parrains et marraines de ses enfants, nés entre 1581 et 1604, des Brunel de la Prugne, de la Chèze et de Lascours, dont on ne trouve nulle trace par ailleurs. Leur fils Benoît continue la lignée en compagnie d’Estiennette Cheze sa femme. Ils ont cinq enfants, dont deux fils installés à Ayguebonne. Le premier Annet Brunel Aiguebonne se marie en 1688 à Antoinette Rosset, on sait de lui par un acte de vente de 1692, qu'il est tisserand à Ayguebonne, mais qu'il habite parfois Tavennes, dans la paroisse d'Escoutoux, plus au nord. Ce couple n'a pas de descendance que l'on puisse suivre. L’autre enfant Claude, épouse Antonia Bertrie en 1671, et le couple aura sept enfants, dont un seul a un destin connu. A leur mariage les trois générations de Brunel sont réunies puisqu'on y trouve Blaize, Benoit et bien sûr Claude. Leur seul fils survivant n'aura pas de descendance connue : il avait épousé vers 1692 Estiennette Bourgade, de la Brousse à Augerolles, mais leur fils unique disparaît de l'observation. Le nombre élevé d'enfants de destin inconnu est un signe: ces gens d'Ayguebonne ne peuvent sur place entretenir des familles nombreuses, en raison de la médiocrité du milieu, et des enfants partent vers d'autres horizons, où leur trace se perd. On retrouve curieusement un autre Blaize Bassecourt, marié à Anne Chouvel en 1649 et à Anna Delaire vers 1663, qui est installé sur ces hauteurs, et c'est là, à Ayguebonne - la bonne eau - qu'il décède en 1689. Ses parents, Pierre Brunel et Anna Mandrot, habitaient-ils déjà ce hameau ? Etaient-ils parents au Blaize Brunel marié à Gabrielle Aiguebonne ? On sait seulement que Claude Brunel Ayguebonne, cité ci-dessus, est parrain en 1664 d'une de ses filles. Ayant peu d'enfants - trois - Blaize laisse tout de même sa maison à Antoine, son seul fils, qui, marié à Estiennette Grimardias, n'aura pas de descendance. Avec eux semblent disparaître les Brunel Ayguebonne.

Ceux qui portent un temps le nom de Brunel Pauze, ne semblent pas l'avoir perpétué longtemps. Ce sont sans doute des Brunel de la Brunelie, qui s'installèrent à la Pauze, tout près de là, et où Michel Brunel Bassecourt devient fermier du château, vers le début des années 1680. L'un de ses fils, Jean, paraît vivre en plusieurs endroits, mais c'est à la Pauze, que ce laboureur riche décède en 1734; en 1722 d'ailleurs, au mariage de son fils Marin, il est appelé Brunel Pauze sur son contrat de mariage. Mais aucun de ses cinq fils mariés ne se fixe à la Pauze, même si presque tous portent le nom de Brunel Pauze à leur mariage : Jean en 1708 va s'établir à Barbat et Bonnevie, Maurice en 1717 au Mas, Marin en 1722 à Lorille, Michel en 1724 au bourg de Vollore, et François en 1726 à la Brunelie. Un autre fils de Michel et de sa seconde épouse, Pironnelle Borias, François, est marchand et maître tisserand à la Pauze, où naissent ses cinq enfants. Il signe quatre fois des actes divers et n'a pas de descendance connue. On trouve aussi la trace d'un autre couple installé à la Pauze : François Brunel et Pironnelle Fargevieille. Mais leurs ancêtres sont de la Prugne, et leur seul fils vivant Jacques, marié cinq fois, ira vivre successivement à la Borie et à Commiot, dans la paroisse d'Augerolles, puis à la Prade dans celle d’Aubusson. Peut-être seront-ils les derniers Brunel Pauze ?

Les autres installations de familles Brune! ne donnent pas, tout au moins dans la période considérée, de patronymes doubles. Ceci est peut-être dû, entre 1650 et 1715, à des couples qui ne restent pas longtemps sur place, et appartiennent plutôt à la catégorie des couples migrants.

Au bourg ancien de Vollore, un couple, dont on ne connaît pas grand chose - Jean Brunel marié à Clauda Bonhomme - va pourtant créer deux lignées à partir d'un très intéressant partage de fonds du 26 avril 1700. Ce jour là, devant le notaire Dozat, Pierre, vigneron au bourg ancien, et Antoine Brunet son beau-frère, sabotier au bourg ancien et époux de Marie Brune!, soeur de Pierre, se partagent en exécution d'un traité de 1698 que l'on possède également tous les biens de Jean Brunel et de Clauda Bonhomme, décédés. Très bien fait ce partage révèle que les biens de cette famille, en vingt sept lots, sont assez importants, la description de la maison montre même une certaine aisance. Le contrat de mariage de Marie est également intéressant on y apprend que la mariée reçoit 300 livres de dot, et que son mari, Antoine Brunel Pirard, ou Piraud, s'associe avec Pierre, le frère de Marie. Voici donc une communauté Brunel formée au bourg ancien de deux couples vivant sous le même toit : Pierre Brunel et Jeanne Duteil et Antoine Brunel Pirard et Marie Brunel. Le premier couple n’a pas de descendants, son activité économique est importante : sept actes notariés, tous signés par Pierre. C’est en fait par le deuxième couple, que le maintien des Brunel se fait au bourg ancien; ce sabotier, qui signe, a une nombreuse famille, six enfants, et neuf actes notariés divers la concernent. L'un d'eux, Jean, époux de Marie Delaire, assure la poursuite de la famille dans le bourg.

Le petit hameau des Thioulards, aux confins des paroisses de Vollore, Aubusson et Augerolles, a vu aussi transiter quelques familles Brunel. Michel Brune!, fils d’Etienne Brunel Barbat le cadet et de Benoite Brunel, est né en 1638, il épouse vers 1665 Madeleine David, le couple a trois enfants qui naissent aux Thioulards, mais la seule survivante se fixe ailleurs. Un autre Brunel, Pierre, fils de Miche! Brunel Bassecourt et Pironne Borias, originaires de la Brunelie, va être marié trois fois, en 1689 à Marguerite Dumas Mailhon, en 1699 à Antoinette Retru, en 1705 à Jeanne Fargevieille. Coutelier; mais le plus souvent journalier, deux contrats de mariage montrent qu'il gravite dans un milieu d'une très grande pauvreté, sa deuxième femme a 20 livres de dot et une valeur de succession de 50 livres, la troisième épouse également, son père, métayer, apportant 10 livres. En outre, sur les onze enfants qu'il a de ses différentes épouses, l'une, Marguerite, est enterrée par charité en 1748, une autre, Marie, mendiante aux Thioulards, est aussi enterrée dans les mêmes conditions en 1754. Cette famille n'aura pas de descendants masculins, et deux filles se marient, également aux Thioulards. La pauvreté était sans nul doute son lot commun.

Prés de Barbat le petit hameau du Rongeron a vu s'installer un temps quelques Brunel, pendant deux générations exactement. Issu du couple Antoine Brunel Barbat marié à Dauphine Cellier, Gilbert Brunel, dit Conco, né jumeau le 12 décembre 1633, épouse vers 1654 Peronne Masson. Le couple se fixe au Rongeron, où vont naître leurs quatre enfants, Aucun parrain ou marraine Brunel n'apparaît, aucune indication d’activité aussi, et le couple, probablement très pauvre, ne passe aucun acte notarié. Un de leurs enfants, Jean, marié en 1675 à Antoinette Faugières, en présence d'un Claude Brunel de la Brunelie, reste au moins jusqu'en 1684 dans ce hameau, puis disparaît, ainsi que leur garçon; leur fille, Antoinette, se marie à Augerolles, dans un milieu très modeste.

Le passage est encore plus fugitif pour un couple de Brunel Bassecourt au village de Chabrier, au nord immédiat de Vollore. Fils de François et Anne Cheze de la Brunelie, et né en 1633, Antoine épouse en premières noces Antonia Aiguebonne en 1665, sûrement de Chabrier, car en 1666, la marraine de leur fille unique est une autre Antonia Aiguebonne, de Chabrier. Antoine avait sans doute créé une association avec son beau-frère Mathieu Aiguebonne, un acte de 1691 nous le montre concluant une assance pour une dette de 58 livres, qu'il doit conjointement avec lui. Prouvant cette vie commune, ce même beau-frère assiste au remariage d'Antoine avec Françoise Verdier en 1670, et est présent à la naissance de leur fils, Michel, en 1671. Ce second couple, qui n'a que cet enfant, mort avant l'âge du mariage, quitte provisoirement Chabrier. En 1690 Antoine est "à présent métayer au domaine de Puymilier à Aubusson", mais deux ans plus tard, le 27 mai 1692, deux jours avant sa mort c'est à Chabrier, dans sa maison qu'il fait son testament. Il laisse ses biens à ses deux enfants, qui vont aussi mourir bientôt mais nomme sa femme tutrice de ses mêmes biens, à condition qu'elle se charge de nourrir Michel, qui en échange lui donnera sa force de travail. Un inventaire détaillé de ses biens meubles nous donne une excellente vision de son modeste cadre de vie.

On voit aussi se manifester un Benoît Brunel Prugne, installé quelques années au hameau de Douairier, marié deux fois, mais sans enfants, avec Anne Borel et Clauda Navarron. Ce laboureur et tisserand tout à la fois, devait former une communauté de biens avec des Borel de Douairier: en 1693 il signe un acte notarié avec sa soeur Anna Brunel, veuve de Mathicu Borel de ce village, et en 1699 il reçoit; par voie testamentaire, le surplus des biens de sa soeur Pironne restée chez lui au Douairier.

Deux couples s'installeront aussi, pendant cette même période, au Mas, près de Barbat. C'est tout d'abord un Estienne Brunel dit Mayet fils de Jacques et Antonia Dufresse du Mayet, qui s'y installe avec Marguerite Roche sa femme en 1671. Ils ont trois filles, qui disparaissent vite, et meurent tous deux au Mas. C' est un passage encore plus bref qu'y fera le couple Maurice Brunel, originaire de la Brunelie, et Toussainte Dumas Malhon, du Mas. Leur fille unique semble se marier sur place, avec un autre Dumas Malhon, alors que son père va se remarier dans un lieu inconnu de nos jours, peut-être un domaine, du nom de la Bessadonie, sans doute près de Langely.

Entre 1650 et 1715 les installations de couples Brunel dans les paroisses avoisinantes sont un phénomène exceptionnel, qui prend rarement l'allure d'une installation définitive : aucune installation vers les paroisses situées au nord et dans la partie haute de la paroisse de Vollore, aucun homme ne part vers Courpière, en revanche quelques femmes s'y installent parfois comme domestique; il est impossible de constater si des installations se font vers des villes comme Thiers ou Clermont, mais elles sont sans doute très peu nombreuses à cette époque. Seuls quelques villages et hameaux de la petite paroisse d'Aubusson et de l'extrême nord de celle d’Augerolles, sont concernés par des migrations proches, et parfois définitives, que le découpage géographique explique facilement.

En l'absence de sources religieuses anciennes pour Aubusson, on ne peut pas savoir si des couples Brunel s’y sont installés au XVIIe siècle. Le contraire serait cependant étonnant, car la Brunelie est située à quelques centaines de mètres de cette paroisse, le paysage et le milieu sont identiques. Le village de la Sauvetat a vu passer un couple de métayers, Antoine Brunel et Jeanne Poux, qui sont en service chez Antoine Thuel Chassagne, mais leur fils, Benoit; marié en 1690 à Estiennette Regnaud, part habiter avec ses beaux-parents à Escoutoux, en apportant 60 livres gagnés en service, mais il ne semble pas s'y fixer. En 1700 c’est un autre couple qui se forme dans ce village, et qui y fera souche par leur fils Pierre, Antoine Brunel originaire de la Brunelie, et Françoise Dussopt du Prat à Aubusson.

Le bourg d'Aubusson, si près de la Brunelie, ne peut pas avoir vu s'installer des couples Brunel : un Michel Brunel, qualifié de sieur, mais originaire de Vollore, s'y marie en 1679, mais on ne sait rien du couple. Un Jacques Brunel, né à la Pauze en 1682, est métayer et journalier à la Prade, à Tournebize et au bourg d'Aubusson, d'où sa première femme, Anne Bost Lampy, était originaire. Sa seconde épouse, Marie Brunel, vient du village de la Borie à Augerolles. Il se marie encore trois fois, en 1739 avec Marie Veissières d 'Aubusson, en 1747 avec Antoinette Aubert de la Chonie à Augerolles, et enfin en 1749 avec Françoise Sucheras, également d'Augerolles à Chassonneris. Lors du quatrième mariage, deux de ses frères sont présents Jean et Hugues Brunel d’Aubusson, un autre frère, Jacques était déjà là au décès sa troisième épouse, ce qui tend à prouver une installation plus massive de Brunel dans cette paroisse mais dont les traces sont fragiles.

En revanche les registres paroissiaux d'Augerolles au XVII° siècle, qui sont presque complets, ne mentionnent que fort rarement des patronymes Brunel autant pour les hommes que pour les femmes. Ce n'est qu’au XVIII° et surtout au XIX° siècles, que le nord de la paroisse va se peupler d’un nombre important de Brunel. Pour l’heure ce ne sont que des passages rapides, liés souvent à des métayages.

Ainsi à la Borie, proche d'Aubusson, s'installe un Brunel Barbat fils d'Antoine et d'Antonia Rossias, né en 1619. Il s'agit de Jean, marié à Jeannne Collaud le 23 janvier 1655. Leur contrat de mariage, qui figure dans le fonds Provenchères, montre que l’épouse reçoit de Mathias Bost; son oncle maternel 120 livres de dot C'est ce même Mathias que nous retrouverons en affaires avec un autre Mathias, Brunel celui là installé aussi à Augerolles plusieurs années plus tard, et dont nous reparlerons longuement. Les deux enfants du couple, Antoine et Antoinette, se marient en 1683 avec deux Trioulier frère e t soeur également. Les deux contrats de mariage, passés devant le notaire Vergheade, montrent que les deux Brunel vont faire leur résidence à la Sauvetat, chez leur beau-père Pierre Trioulier, Antoine promet tant "de lui obéir en toutes choses et travailler à ses possibilités". En 1689 Antoine dit « Guery le blanc », se remarie avec Michelle Gardelle, mais il faut croire que ce marchand voiturier par eau ne dispose pas de bien à la Borie, car de nouveau, le contrat de mariage du 14 février 1689 nous apprend qu'il va résider au bourg d’Aubusson avec Antoine Gardelle, frère de Michelle, en apportant 300 livres. Cinq de leurs enfant s'installent en des lieux très différents à Aubusson et Augerolles, confirmant ainsi le manque de racines stables de cette famille.

Ce n'est que plus tardivement que Maurice Brunel, venu de la Prugne, va s’installer à la Granetie, par son mariage en 1749 avec Marie Rouxvidant. Un enfant Brunel, Jean, naît en 1693 à Brousse, mais c'est la seule trace qu'y laisse son père Benoit Brunel et sa mère Estiennette Bourgade.

C'est à Lapchier, également tout près d’Aubusson qu'une branche Brunel va s'installer dans la paroisse d’Augerolles : le 22 novembre 1668 Mathias Brunel épouse à Vollore Jeanne Trioulier de Lapchier. Le couple s’installe dans ce village, fondant réellement la première branche stable des Brunel d'Augerolles, qui essaimeront jusqu'à nos jours dans les villages Voisins : la Roche, Courgoux, Libertie, Masdorier. Ils forment notre source directe dans cette paroisse.

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